GORZ André

[1923-2007]

[…] Tu te rebellais contre les constructions théoriques, et tout particulièrement contre les statistiques. Celles-ci sont d’autant moins probantes, disais-tu, qu’elles n’ont de sens que par leur interprétation. Or celle-ci ne peut prétendre à la rigueur mathématique à laquelle la statistique prétend devoir son autorité. J’avais besoin de théorie pour structurer ma pensée et t’objectais qu’une pensée non structurée menace toujours de sombrer dans l’empirisme et l’insignifiance. Tu répondais que la théorie menace toujours de devenir un carcan qui interdit de percevoir la complexité mouvante du réel. […] Tu n’avais pas eu besoin des sciences cognitives pour savoir que sans intuition ni affects, il n’y a ni intelligence ni sens. Tes jugements revendiquaient imperturbablement le fondement de leur certitude vécue, communicable mais non démontrable.

[In : Lettre à D. Histoire d’un amour – Ed° Galilée – Oct 2006]

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