ARENDT Hannah

[1906-1975]
 
hannah-arendt
 

« Les prévisions des futurologues ne se vérifient que dans un monde où il ne se passe rien d’important.»

« L’histoire moderne a montré à maintes reprises que les alliances entre le trône et l’autel ne peuvent que discréditer les deux. »

« Le slogan consiste à appliquer des catégories et des formules qui sont profondément implantées dans notre esprit, mais dont les fondements dans l’expérience sont oubliés et dont la plausibilité réside dans leur cohérence intellectuelle plutôt que dans leur adéquation aux évènements réels ».
— Responsabilité et jugement

« LA NATIONALITE C’EST LE DROIT D’AVOIR DES DROITS » – Hannah ARENDT
– Extraits d’un article d’Aurore MREJEN, Docteur en philosophie, Université Paris-Sorbonne. Extrait de « Droits fondamentaux », n° 8, janvier 2010-décembre 2010.

Lorsqu’elle analyse le phénomène totalitaire, Arendt constate l’impuissance des Déclarations des droits du dix-huitième siècle. Elle écrit : « Cela n’a pu […] se produire que parce que les droits de l’homme qui, philosophiquement, n’avaient jamais été établis mais seulement formulés, qui, politiquement n’avaient jamais été garantis mais seulement proclamés, ont, sous leur forme traditionnelle, perdu toute validité ».
— ARENDT Hannah, Le totalitarisme, op. cit, p. 795.

« Sans aucun doute, partout où la vie publique et sa loi d’égalité seront complètement victorieuses, partout où une civilisation parviendra à réduire à son degré minimum l’arrière-plan obscur de la différence, elles finiront par se pétrifier et par être punies, si l’on peut dire, pour avoir oublié que l’homme n’est que le maître et non le créateur du monde ».
— ARENDT Hannah, L’impérialisme, op. cit., p. 606


« L’universalisme qui refuse de prendre en compte les différences est aussi suspect que le particularisme qui les objective. “Tu n’es pas juif”, et “tu n’es que juif” sont deux expressions apparemment contraires de la même exclusion »
— COLLIN Françoise, L’homme est-il devenu superflu ? Hannah Arendt, Paris, Odile Jacob, 1999, p. 77

→ Consulter l’article entier : hannah_arendt_et_les_droits_de_lhomme

« Réfléchir cela signifie toujours penser de manière critique (…) penser de manière critique cela signifie que chaque pensée sape ce qu’il y a de règles rigides et de convictions générales (…) le seul fait de penser est en lui-même une entreprise très dangereuse (…) mais ne pas réfléchir est encore plus dangereux.»
— Cité sur le blog philopartage, Réf. à préciser

« Le testament qui dit à l’héritier ce qui sera légitimement sien, assigne un passé à l’avenir. Sans testament ou, pour élucider la métaphore, sans tradition – qui choisit et nomme, qui transmet et conserve, qui indique où les trésors se trouvent et quelle est leur valeur – il semble qu’aucune continuité dans le temps ne soit assignée, et qu’il n’y ait, par conséquent, humainement parlant, ni passé ni futur, mais seulement le devenir éternel du monde et en lui le cycle biologique des êtres vivants.»
— Préface à La crise de la culture, p.14 — [Sur ce point consulter René CHAR, Feuillets d’Hypnos]

« Puisque l’autorité requiert toujours l’obéissance, on la prend souvent pour une forme de pouvoir ou de violence. Pourtant l’autorité exclut l’usage de moyens extérieurs de coercition; là où la force est employée, l’autorité proprement dite a échoué. L’autorité, d’autre part, est incompatible avec la persuasion qui présuppose l’égalité et opère par un processus d’argumentation. Là où on a recours à des arguments, l’autorité est laissée de côté. Face à l’ordre égalitaire de la persuasion, se tient l’ordre autoritaire, qui est toujours hiérarchique.

S’il faut vraiment définir l’autorité, alors ce doit être en l’opposant à la fois à la contrainte par force et à la persuasion par arguments. (La relation autoritaire entre celui qui commande et celui qui obéit ne repose ni sur une raison commune, ni sur le pouvoir de celui qui commande; ce qu’ils ont en commun, c’est la hiérarchie elle même, dont chacun reconnaît la justesse et la légitimité, et où tous deux ont d’avance leur place fixée.) Ce point est historiquement important ; un aspect de notre concept de l’autorité est d’origine platonicienne, et quand Platon commença d’envisager d’introduire l’autorité dans le maniement des affaires publiques de la polis, il savait qu’il cherchait une solution de rechange aussi bien à la méthode grecque ordinaire en matière de politique intérieure, qui était la persuasion (peithein), qu’à la manière courante de régler les affaires étrangères, qui était la force et la violence (bia).

Historiquement, nous pouvons dire que la disparition de l’autorité est simplement la phase finale, quoique décisive, d’une évolution qui, pendant des siècles, a sapé principalement la religion et la tradition. De la tradition, de la religion, et de l’autorité (dont nous discuterons plus tard les liens), c’est l’autorité qui s’est démontrée l’élément le plus stable. Cependant, avec la disparition de l’autorité, le doute général de l’époque moderne a envahi également le domaine politique où les choses non seulement trouvent une expression plus radicale, mais acquièrent une réalité propre au seul domaine politique. Ce qui jusqu’à présent, peut-être, n’avait eu d’importance spirituelle que pour une minorité, est maintenant devenu l’affaire de tous. Ce n’est qu’aujourd’hui, pour ainsi dire après coup, que la disparition de la tradition et celle de la religion sont devenues des événements politiques de premier ordre. (…)

— La crise de la culture, « Qu’est-ce que l’autorité ? » (extrait).

« Je n’«aime» pas les Juifs et je ne « crois » pas en eux, j’appartiens seulement de manière factuelle et naturelle à ce peuple.»

« Sur le fond (…), vous avez parfaitement raison de dire que je n’ai pas d’ «amour » de ce genre (pour le « peuple juif »- NDLR) ; et ce pour deux raisons : premièrement, je n’ai de toute ma vie jamais « aimé » quelque peuple ou collectif que ce soit, ni l’allemand, ni le français, ni l’américain, ni par exemple la classe ouvrière ou quoi que ce soit relevant de cette gamme de prix. Je n’aime en fait que mes amis, et suis parfaitement inapte à tout autre amour. Mais deuxièmement, cet amour pour les juifs me paraît suspect, étant juive moi-même. Je ne m’aime pas moi-même pas plus que je n’aime ce qui compose ma substance d’une manière ou d’une autre. »

[Suit une anecdote où H.A cite Golda Meir qui lui dit « je crois au peuple juif »] «Phrase épouvantable commente Hannah, (…) j’aurais pu rétorquer : la grandeur de ce peuple a jadis été de croire en Dieu, et de le faire d’une manière dans laquelle la confiance en Dieu et l’amour de Dieu dépassaient largement la crainte de Dieu. Et voilà que ce peuple ne croit plus qu’en lui-même. Que voulez-vous que cela donne ? Bref, dans ce sens, je n’«aime» pas les Juifs et je ne « crois » pas en eux, j’appartiens seulement de manière factuelle et naturelle à ce peuple.»

— Hannah Arendt, Gershom Sholem, Correspondance. Seuil, 2012.Lettre du 20 juillet 1963.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s