VIAN Boris

[1920-1959]

Il est évident que le poète écrit sous le coup de l’inspiration. Mais il y a des gens à qui les coups ne font rien.
— Cantilènes en gelée

Ce qui m’intéresse, ce n’est pas le bonheur de tous les hommes, c’est celui de chacun.

Je ne veux pas gagner ma vie, je l’ai.

Cette histoire est entièrement vraie puisque je l’ai imaginée d’un bout à l’autre. (Avant-propos de l’Ecume des Jours)

Les gens sans imagination ont besoin que les autres mènent une vie régulière.

•••

À tous les enfants

A tous les enfants qui sont partis le sac à dos
Par un brumeux matin d’avril
Je voudrais faire un monument
A tous les enfants
Qui ont pleuré le sac au dos
Les yeux baissés sur leurs chagrins
Je voudrais faire un monument
Pas de pierre, pas de béton
Ni de bronze qui devient vert
Sous la morsure aiguë du temps
Un monument de leur souffrance
Un monument de leur terreur
Aussi de leur étonnement
Voilà le monde parfumé,
Plein de rires, plein d’oiseaux bleus
Soudain griffé d’un coup de feu
Un monde neuf où sur un corps
qui va tomber
Grandit une tache de sang
Mais à tous ceux qui sont restés
Les pieds au chaud, sous leur bureau
En calculant le rendement
De la guerre qu’ils ont voulue
A tous les gras tous les cocus
Qui ventripotent dans la vie
Et comptent et comptent leurs écus
A tous ceux-là je dresserai
Le monument qui leur convient
Avec la schlague, avec le fouet
Avec mes pieds avec mes poings
Avec des mots qui colleront
Sur leurs faux-plis sur leurs bajoues
Des larmes de honte et de boue.

•••

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