VERDUN Jean

La voie initiatique

Qu’est-ce qu’un voyage ? N’allez surtout pas, pour le savoir, interroger une agence de tourisme (…). Avant même de partir, vous savez où vous allez, ce que vous devez voir, où vous coucherez, ce que vous mangerez : pas de surprises. Les guides, en vous menant droit où il faut, vous épargnent incertitudes et déceptions. Du coup, le langage, toujours prompt à saisir les nuances, a remplacé les verbes regarder, voir, observer, découvrir, par le prétentieux verbe faire. On ne remonte plus le Nil : on fait l’Egypte. Rien que ça ! Quatre millénaires en sept jours ! (…)

Le voyage initiatique, c’est autre chose. On prend la route sans notice descriptive préalable. On s’embarque les yeux bandés sans connaître le nombre d’escales. Non pour faire mais pour devenir. A la différence de l’autre voyage, le voyage initiatique ne vise pas à vérifier le déjà révélé, mais à exercer l’intelligence du caché.
La réalité maçonnique, Ed° Renaissance du livre – Espace vital, 1982, pp. 61-62

Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, enseigne Hermès Trismégiste, et André Breton : « Tout porte à croire qu’il existe un point de l’esprit d’où la vie et la mort, le réel et l’imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l’incommunicable, le haut et le bas cessent d’être perçus contradictoirement.»
— Ibid. p. 67

Ce soir, dans une loge maçonnique ou ailleurs, demain, après-demain, des dizaines, des centaines, des milliers d’hommes et de femmes descendront de leur propre et libre volonté dans la terre pour demander une autre naissance, pour entreprendre le voyage. Que vont-ils avoir de commun ? Et qu’ont-ils en commun avec l’initié grec ou égyptien, avec le jeune Africain, plongé lui aussi dans les ténèbres, avant d’être initié aux vertus viriles et guerrières de sa tribu ? A leur sortie du souterrain, pas grand chose, il est vrai. Apparemment, ils s’en vont dans tous les sens, mais d’autres rites de passage suivront le premier. La voie initiatique s’enfoncera dans une forêt de symboles, vivants piliers de la nature, disait Baudelaire, qui lui permettront de trouver son chemin. A établir des correspondances, il exercera et développera son intelligence du caché, librement, degré par degré, à son pas, à sa mesure, quels que soient son savoir et sa culture.
— Ibid. pp. 71-72

Culture en miettes. Éparpillement du moi. Structures disloquées. Comment ne pas songer au vieux mythe d’Osiris, dont le corps dispersé en quatorze morceaux fait l’objet de la quête d’Isis. Et voilà bien le paradoxe maçonnique. Ces hommes si divers d’âges, d’origines sociales, de professions, de convictions, ce qu’ils viennent presque tous demander à une loge maçonnique, c’est leur remembrement.
— Ibid. pp. 83-84

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