VEIL Simone

« Lorsqu’il s’agit de l’économie, les ressources financières ne font pas défaut. Pour ce qui est du social, il n’y a jamais d’argent. (…) Je constate plus généralement, en le déplorant, que le principe de réalité entrave l’initiative et l’action. J’en ai fait à maintes reprises l’expérience. Lorsque j’ai quitté la scène européenne, je n’étais pas au bout de mes peines.»
— Simone VEIL, Une vie, Livre de Poche n° 31893, p. 225

Le débat sur l’avortement

— Défendu par Simone Veil à l’Assemblée Nationale le 26 novembre 1974

« Il est fort intéressant [par ailleurs] de relire les comptes-rendus des débats à l’Assemblée Nationale et au Sénat concernant la proposition de monsieur Lucien Neuwirth sur la contraception. Ce débat sur l’autorisation des méthodes modernes de contraception traduit en effet le machisme de la plupart des intervenants hostiles à ces méthodes, n’hésitant pas à l’accuser d’ouvrir la porte à tous les vices et à la luxure, et d’inciter les femmes à l’adultère.
Il est vrai que la contraception confère à la femme la maîtrise de la procréation, sans avoir à en référer à son partenaire, et lui permet de le laisser dans l’ignorance de ses intentions. Ce changement, qui pour les femmes est vécu comme un considérable progrès, a été alors plus ou moins consciemment très mal vécu par les hommes, qui se sont sentis dépossédés. En revanche, ils sont conscients que l’avortement est toujours pénalisant pour les femmes, une décision souvent difficile à prendre, mais qui très souvent ne les concerne guère.
En 1974, lors du débat sur l’avortement, j’ai entendu bien des hommes, y compris des hautes personnalités, s’étonner qu’il faille une loi, alors qu’il s’agissait d’une histoire « de bonnes femmes », dont elles s’étaient toujours débrouillées entre elles, alors, à quoi bon légiférer ?
Cette indifférence, ou cette désinvolture, au moins apparente, vis-à-vis d’un problème aussi douloureux pour bien des femmes, j’en ai eu longtemps le témoignage — lorsqu’ils s’adressaient à moi en me disant « ma femme a tellement d’admiration pour vous », je traduisais aussitôt : « moi, l’avortement, c’est pas mon problème, mais je vous transmets ce qu’en pense ma femme ».
Puisque je parle du contexte et de l’ambiance du débat, je ne peux m’empêcher d’évoquer l’hypocrisie de certains, qui ont tenu des propos orduriers à mon endroit et dont on venait me rapporter que leur propre attitude en la matière était loin d’être cohérente avec l’hostilité ainsi manifestée. Je n’avais d’ailleurs guère d’illusions en la matière.
En revanche, je tiens à souligner le courage et l’humanité dont ont fait preuve des parlementaires, je pense notamment à Eugène CLAUDIUS-PETIT, qui a manifesté son soutien dans un magnifique discours en dépit de ses convictions personnelles, mais par compassion vis-à-vis des femmes confrontées à des situations dramatiques.
— Mes combats, Simone Weil, les discours d’une vie, Ed. Bayard