SANDEL Michel J.

Philosophe américain, professeur à Harvard, membre du Conseil présidentiel américain de bioéthique.
Mi

Michael Sanders

« Mon but n’est pas de moraliser la vie en commun, mais d’évaluer philosophiquement la pertinence de nos intuitions. Contre la marchandisation de services comme la santé, la justice ou l’éducation, je relève deux objections fondamentales. La première est celle de l’inégalité. C’est l’objection qui vient le plus immédiatement à l’esprit, elle est fondée, elle a les faveurs de la gauche progressiste, mais elle ne me semble pas la plus décisive, parce qu’elle permet de se focaliser sur l’accès égal des citoyens aux biens disponibles en faisant l’impasse sur la dimension morale de la question. Or on peut toujours imaginer des parades à l’inégalité sous la forme de subsides qui assureraient à tous l’accès aux nouveaux biens mis sur le marché. Cela ne règle cependant pas la question de fond de savoir s’il faut ou non les mettre sur le marché. Aussi la seconde objection, celle qui porte sur la corruption, me paraît bien plus décisive, même si elle est plus délicate. Nous associons la corruption aux bakchichs, aux paiements illicites. En réalité, le mal est plus profond. Il arrive que l’argent érode la valeur des biens auxquels il permet d’accéder. La question est de savoir quand et pourquoi ? Cela ne peut se décider qu’au cas par cas, car les raisons avancées sont toujours spécifiques. Mais cela engage une réflexion sur la valeur morale des biens en question. Prenons le cas de l’éducation. Pourquoi résistez-vous au fait  de payer vos enfants pour qu’ils apprennent à lire et à écrire ? N’est-ce pas que vous présupposez que le but de l’éducation n’est pas seulement de maximiser le nombre de livres lus ou d’obtenir de meilleurs résultats ? Parce que l’éducation n’a pas seulement la fonction d’offrir aux élèves les outils dont ils ont besoin pour être compétitifs sur le marché du travail d’une économie mondialisée. Parce que vous chérissez une autre attitude envers l’apprentissage, une attitude qui fait de l’éducation un bien en soi. Parce que développer les capacités intellectuelles vous apparaît comme une finalité intrinsèque, constitutive d’une vie authentique, d’une vie épanouie.»
— Source : « Philosophie magazine, n° 86, février 2015, p.72

« Sans une défense morale des biens que nous poursuivons et sans un discours sur la vie bonne, nous ne pourrons pas décider du rôle exact du marché, LA grande question du moment. Or, si la philosophie renonce à tenir un discours sur la vie bonne, qui osera s’y atteler ?
Quand j’étais enfant, au Minnesota, j’étais fan de base-ball et j’allais au stade voir les matchs. C’était une véritable mixité sociale. La différence entre le prix des places n’excédait pas trois dollars. Patrons et employés s’asseyaient côte à côte, tous faisaient la même queue — il eût été impensable de payer quelqu’un afin de la faire pour vous — et, lorsqu’il pleuvait, tout le monde était mouillé. Aujourd’hui, dans les stades, il y a des salons panoramiques pour les plus riches. Partout ailleurs, les riches tendent à faire sécession. C’est ce que j’appelle la société du « salon panoramique » , en faisant de cet exemple une métaphore de la transformation dont nous sommes témoins. La marchandisation de la vie sociale, conjuguée avec la croissance des inégalités, aboutit à une situation où les plus riches et les pauvres vivent des vies séparées. Il y a de moins en moins d’espaces publics partagés où des hommes de condition vraiment différente se côtoient au quotidien. Cette tendance met à mal la citoyenneté comme expérience partagée du monde.»
— Ibid. p. 73

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