SAINT EXUPERY Antoine

[1900-1944]

L’homme de ma civilisation ne se définit pas à partir des hommes. Ce sont les hommes qui se définissent par lui. Il est en lui, comme en tout être, quelque chose que n’expliquent pas les matériaux qui le composent. Une cathédrale est bien autre chose qu’une somme de pierres. Elle est géométrie et architecture. Ce ne sont pas les pierres qui la définissent, c’est elle qui enrichit les pierres de sa propre signification. On ne dit rien d’essentiel sur la cathédrale si l’on ne parle que des pierres. On ne dit rien d’essentiel sur l’homme si l’on cherche à le définir par des qualités d’homme. L’Humanisme a ainsi travaillé dans une direction barrée d’avance […] Nous avons glissé, faute d’une méthode efficace, de l’Humanité qui reposait sur l’Homme vers cette termitière qui repose sur la somme des individus. Qu’avions-nous à opposer aux religions de l’État ou de la Masse ? Quelle était devenue notre grande image de l’Homme né de Dieu ? […] Si notre société pouvait encore paraître souhaitable, si l’homme y conservait quelque prestige, c’est dans la mesure où la civilisation véritable, que nous trahissons par notre ignorance, prolongeait encore sur nous son rayonnement condamné, et nous sauvait malgré nous-mêmes.

[In : Pilote de guerre • Livre de Poche – 1963 – Page 221]

La vérité de demain se nourrit de l’erreur d’hier.
[Ibid.]

Sur ce sujet, consulter la page de Gaston Bachelard

«Rien, jamais, en effet, ne remplacera le compagnon perdu. On ne se crée point de vieux camarades. Rien ne vaut le trésor de tant de souvenirs communs, de tant de mauvaises heures vécues ensemble, de tant de brouilles, de réconciliations, de mouvements du cœur. On ne reconstruit pas ces amitiés-là.»

— Terre des hommes (1939), Livre de Poche n°68

Il est vain, si l’on plante un chêne, d’espérer s’abriter bientôt sous son feuillage.
— Ibid., p.41

Ce qui sauve, c’est de faire un pas. Encore un pas. C’est toujours le même pas que l’on recommence…
— Ibid., p.56

On croit que l’homme peut s’en aller droit devant soi. On croit que l’homme est libre… On ne voit pas la corde qui le rattache au puits, qui le rattache, comme un cordon ombilical, au ventre de la terre. S’il fait un pas de plus, il meurt.
— Ibid., p.197

Que savons-nous, sinon qu’il est des conditions inconnues qui nous fertilisent ? Où loge la vérité de l’homme ?
La vérité, ce n’est point ce qui se démontre. Si dans ce terrain, et non dans un autre, les orangers développent de solides racines, et se chargent de fruits, ce terrain-là c’est la vérité des orangers. Si cette religion, si cette culture, si cette échelle des valeurs, si cette forme d’activité et non telles autres, favorisent chez l’homme cette plénitude, délivrent en lui un grand seigneur qui s’ignorait, c’est que cette échelle des valeurs, cette culture, cette forme d’activité, sont la vérité de l’homme. La logique ? Qu’elle se débrouille pour rendre compte de la vie.
— Ibid., p.210

Aimer ce n’est point nous regarder l’un l’autre mais regarder ensemble dans la même direction.
— Ibid., p.225

••• Voir aussi la préface de «Vol de Nuit»  écrite par André GIDE

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