RICŒUR Paul

(27 février 1913 • Valence – 20 mai 2005 • Châtenay-Malabry)

« Il faut concilier l’éthique de conviction avec l’éthique de responsabilité. »

« J’appartiens à ma civilisation comme je suis lié à mon corps. Je suis en-situation-de-civilisation et il ne dépend plus de moi d’avoir une autre histoire que d’avoir un autre corps. »
— La revue du christianisme social, n° 54- 1946

Mon appartenance à la confession protestante est un hasard transformé en destin par un choix continu […] Une religion est comme une langue dans laquelle ou bien on est né, ou bien on a été transféré par exil ou par hospitalité ; en tout cas on y est chez soi; ce qui implique aussi de reconnaître qu’il y a d’autres langues parlées par d’autres hommes. »
– La critique et la conviction, Calamann-Levy 1995, p. 219

« En quel sens ce développement de toute compréhension en interprétation s’oppose-t-il au projet husserlien de fondation dernière ? Essentiellement en ceci que toute interprétation place l’interprète in media res [au milieu des choses] et jamais au commencement ou à la fin. Nous survenons, en quelque sorte, au beau milieu d’une conversation qui est déjà commencée et dans laquelle nous essayons de nous orienter afin de pouvoir à notre tour y apporter notre contribution. »
– Du texte à l’action, Seuil, 1986, p. 48

Les proches :

« L’approbation mutuelle exprime le partage de l’assertion que chacun fait de ses pouvoirs et de ses non-pouvoirs, ce que j’appelle attestation dans Soi-même comme un autre. Ce que j’attends de mes proches, c’est qu’ils approuvent ce que j’atteste : que je puis parler, agir, raconter, m’imputer à moi-même la responsabilité de mes actions […].
À mon tour, j’inclus parmi mes proches ceux qui désapprouvent mes actions, mais non mon existence. »
— La mémoire, l’histoire, l’oubli, Seuil, 2000, pp. 162-163

« À la mesure de l’amour du prochain, le lien social n’est jamais assez intime, jamais assez vaste. Il n’est jamais assez intime, puisque la médiation sociale ne deviendra jamais l’équivalent de la rencontre, de la présence immédiate. Il n’est jamais assez vaste, puisque le groupe ne s’affirme que contre un autre groupe et se clôt sur soi.»
— Histoire et vérité, Seuil, 1964, Ed. Poche, p. 125

La justice :

« La justice en tant que juste distance entre soi-même et l’autre, rencontré comme lointain, est la figure entièrement développée de la bonté. Sous le signe de la justice, le bien devient commun. »
— Le Juste 2, Esprit, 2001, pp. 72-73

« Un retour au pur idéal de l’Aufklärung (→1) ne paraît plus aujourd’hui suffisant. Pour libérer cet héritage de ses perversions, il faut le relativiser, c’est-à-dire le replacer sur la trajectoire d’une plus longue histoire, enracinée d’une part dans la Torah hébraïque et l’Évangile de l’Église primitive, d’autre part dans l’éthique grecque des Vertus et la philosophie politique qui lui est appropriée. Autrement dit, il faut savoir faire mémoire de toutes les traditions qui se sont sédimentées. »

(1) « L’Aufklärung, c’est la sortie de l’homme hors de l’état de minorité dont il est lui-même responsable. L’état de minorité est l’incapacité de se servir de son entendement sans la conduite d’un autre. On est soi-même responsable de cet état de minorité quand la cause tient non pas à une insuffisance de l’entendement mais à une insuffisance de la résolution et du courage de s’en servir sans la conduite d’un autre. Sapere aude ! [Ose savoir !] Aie le courage de te servir de ton propre entendement! Voilà la devise de l’Aufklärung.. ».    — Emmanuel KANT, 1784

Le paradoxe politique

« Rationalité spécifique, mal spécifique, telle est la double et paradoxale originalité du politique. La tâche de la philosophie, politique est, à mon sens, d’expliciter cette originalité et d’en élucider le paradoxe ; car le mal politique ne peut pousser que sur la rationalité spécifique du politique. »
— Histoire et Vérité, Seuil, 1964, Ed. Poche, p. 261

« Si le terme de libéralisme politique pouvait être sauvé du discrédit où l’a plongé la proximité avec le libéralisme économique, il dirait assez bien ce qui doit être dit : que le problème central de la politique c’est la liberté ; soit que l’État fonde la liberté par sa rationalité, soit que la liberté limite les passions du pouvoir par sa résistance. »
— Op. Cit. pp 296-321

1) Le langage poétique est celui qui rompt avec le langage quotidien et se constitue en foyer de l’innovation sémantique

2) Le langage poétique loin de célébrer le langage pour lui même, ouvre un monde nouveau, qui est la chose du texte, le monde du poème.

3) Le monde du texte est ce qui incite le lecteur, l’auditeur, à se comprendre lui-même, face au texte et à développer, en imagination et en sympathie, le soi susceptible d’habiter ce monde en y déployant ses possibles les plus propres. Ici, le mot « poétique » ne désigne pas « un genre littéraire » qui s’ajouterait à la narration, à la prophétie, etc., mais le fonctionnement global de tous ces genres en tant que siège de l’innovation sémantique, de la proposition d’un monde, de la suscitation d’une nouvelle compréhension de soi.

[ In : Entre philosophie et théologie • Lectures 3. Aux frontières de la philosophie. • Ed. du Seuil – p. 301]

La grandeur des démocraties, c’est d’imposer les mesures les plus ordinaires aux crimes les plus extraordinaires.

A propos de la révolution prolétarienne

« Une grande doctrine révèle ses lignes de moindre résistance aux perversions qu’elle permet ; on n’a jamais que les caricatures qu’on mérite. A chacun ses monstres.»
A propos de l’humanisme prolétarien : « Il n’ y a humanisme que dans la mesure où le prolétaire reçoit du prophète la vision du monde nouveau. Le prophète récusé, il n’y a plus d’humanisme. Même malheureuse et universelle, la seule condition de prolétaire ne suffit pas à créer des valeurs universelles. Hors des prophètes, l’histoire est sans action et sans intention. Arraché à son dialogue avec le prophète, le prolétaire est voué à la dialectique obsédante du maître et de l’esclave ; les rôles menaçant seulement d’être renversés. D’où le dépérissement de la Révolution.»
« Le prophète et le pauvre ont cessé de se porter l’un l’autre. Le prophète s’est égaré dans les églises de la bourgeoisie, tandis que le pauvre s’est égaré dans les meetings du communisme.
Et Ricœur de dénoncer « le mensonge de l’âme religieuse qui cultive son petit jardin privé d’émotions et de consolation, et laisse faire les démons de la propriété, de la hiérarchie, de la race, de la patrie close.
Pour que la Révolution retourne à l’humanisme, il faut que le christianisme redécouvre sa force révolutionnaire. Il ne suffit pas de faire avancer l’histoire. Il faut encore lui donner un sens.»
— Article publié en 1949, à propos de Humanisme et terreur de Merleau-Ponty

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