RENARD Jules

[1864-1910]

« Ecrire, c’est une façon de parler sans être interrompu.»

« Le projet est le brouillon de l’avenir. Parfois, il faut à l’avenir des centaines de brouillons.»

« Si l’on bâtissait la maison du bonheur, la plus grande pièce serait la salle d’attente.»
— Journal

Extraits du « Journal » [1887-1910]

  • 1887

Que de mal on se donne avant de prendre son originalité chez soi, tout simplement.

  • 1896

Je n’ai que le vif sentiment de ce qui vaut la peine qu’on soit né, et de l’inutilité du reste.

  • 1897

Notre intelligence, c’est une bougie en plein vent.

  • 1899

L’homme est un roseau pensant. La femme est un roseau dépensant.

  • 1900

Le métier d’un écrivain, c’est d’apprendre à écrire.

Il ne fat pas dire qu’on relit les chefs-d’œuvre, car il semble toujours qu’on ne les a jamais lus.

  • 1901

L’homme libre, c’est celui qui ne craint pas d’aller au bout de sa raison.

  • 1902

Dès qu’une vérité dépasse cinq lignes, c’est du roman.

Les mots ne doivent être que le vêtement, sur mesure rigoureuse, de la pensée.

  • 1906

Le génie est peut-être au talent ce que l’instinct est à la raison.

Il faut que ta page sur l’automne me fasse plaisir comme une promenade dans les feuilles mortes.

Si je recommençais ma vie, je la voudrais telle quelle. J’ouvrirais seulement un peu plus l’oeil. J’ai mal vu, et je n’ai pas tout vu de ce petit univers où j’allais à tâtons.

Ne comptez pas trop sur la société pour faire des réformes : réformez-vous vous-mêmes.

Le travail, c’est un peu comme de pêcher dans une eau où il n’y aurait jamais eu de poisson.

La vérité que j’ai tirée de mon puits ne peut pas se dépêtrer de sa chaîne.

Mourir, c’est éteindre le monde.

Une fille passe sur le canal. De leur bateau, les mariniers l’appellent :
— Venez donc manger la soupe avec nous !
Elle répond, avec une gaieté tranquille, qu’elle n’a pas le temps.
Cela, le soir, c’est beau comme tout ce qu’arrange la nature avec des arbres, de l’eau, un temps doux et des voix humaines. C’est d’une infinie volupté.

Croire au village, c’est donner une limite à sa vie ; c’est lui croire un sens, et elle n’en a pas. C’est un peu sot de s’imaginer que nous avons une raison d’être là plutôt qu’ailleurs. Continuer nos pères, pour quoi faire ? Ils ne savaient pas. La feuille a une attache qui lui suffit. Le cerveau est nomade. Pas de petite patrie. Une fuite résignée. Être n’importe où, ne jamais consentir à se fixer comme si un point dans l’univers nous était réservé. N’ayons pas d’orgueil. Au premier éclair de lucidité nous verrions que nous sommes dupes, et nous serions pleins de pitié pour nous-mêmes.
Livrons-nous à l’éternelle loi de l’éparpillement.
Ne pas être un homme qui regarde son village avec une loupe.

  • 1907

J’ai une idée comme je regarde un oiseau : j’ai toujours peur qu’il s’envole, et je n’ose pas y toucher.

La vie, je la comprends de moins en moins, et je l’aime de plus en plus.

Aux jeunes. Je vais vous apprendre une vérité qui vous sera peut-être désagréable, car vous comptez sur du nouveau. Cette vérité, c’est qu’on ne vieillit pas. Pour le cœur, c’est entendu : on le savait, du moins en amour. Eh bien, pour l’esprit, c’est la même chose. Il reste toujours jeune. On ne comprend pas plus la vie à quarante ans qu’à vingt, mais on le sait, et on l’avoue. C’est ça, de la jeunesse.

Un jeune qui n’a pas de talent, c’est un vieux.

La vérité de l’araignée, c’est le moucheron.

Chaque jour, je suis enfant, homme et vieillard.

  • 1908

Il ne faut pas croire que la paresse soit inféconde. On y vit intensément, comme un lièvre qui écoute.

  • 1909

J’ai de pauvres idées comme un troupeau d’oies dispersées.

  • 1910

Entre mon cerveau et moi, il reste une couche que je ne peux pas pénétrer.

L’homme est indifférent comme une montre.

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