ONFRAY Michel

Le peuple est mort, remplacé par une populace fabriquée par les médias de masse. Depuis des années, le grand formateur de consciences n’est plus l’école, elle est aussi vendue au marché et aux idéologues, mais l’écran, – la télévision, le Net, le tweet. Les médias de masse, c’est leur définition,  massifient : ils transforment les peuples en foules et l’on sait que les foules ne pensent pas, ne réfléchissent pas, n’analysent pas, mais s’agrègent et marchent comme un seul homme, au slogan.
Penser l’Islam, Grasset, 2016, p. 59

– La Philosophie a-t-elle vraiment besoin de « désenchanter » le monde ?

Le travail du philosophe consiste en effet à ne pas entretenir les mythes, les fables, les légendes, les fictions, les fantaisies, les histoires que l’on raconte aux enfants, mais auxquelles des adultes continuent de croire… Je sais que les hommes préfèrent des histoires qui les sécurisent à des vérités qui les inquiètent, les angoissent, les troublent, les perturbent. Plutôt une histoire qui nous raconte qu’après la mort nous vivrons encore plutôt qu’une vérité qui nous dit qu’après la mort d’un homme, il se passe exactement la même chose qu’après la mort d’un autre mammifère.
— Ibid. pp. 90-91

Nous avons donc besoin d’une éthique de conviction associée à une éthique de responsabilité. Fermer les yeux sur les revendications de l’Islam ne va pas les faire disparaître ; fermer les yeux sur le danger d’un certain Islam ne va pas non plus faire disparaître ce danger. On doit penser en homme d’action et agir en homme de pensée – pour utiliser la formule de Bergson. C’est-à-dire ?
Proposer  un contrat social avec l’Islam en France pour qu’il y ait un Islam de France.
— Ibid. pp 125-126