NORA Pierre

[né en 1931]

La lâcheté et l’aveuglement caractérisent les intellectuels.

On sent une génération inquiète : il y a une panique de fond dans leurs textes. La peur les a nourris. Ils n’ont plus à la penser puisqu’elle est là. Il suffit de lire le texte de l’écrivain Mathieu Térence pour s’en convaincre. Ils s’affirment comme une génération qui a du mal à se trouver et à se placer. L’espace de réflexion s’est partout réduit. Les politiques en sont un exemple. Ils ne peuvent penser que dix minutes avant et dix minutes après. Ils sont pris dans une bousculade permanente ».

– Comment se sont déroulées pour vous, personnellement, ces trente dernières années ?
– Elles se sont écoulées en un battement de cils. Je pense à la phrase de Michelet : «J’ai passé à côté du monde et j’ai pris l’histoire pour la vie». Je vois autour de moi combien les gens ont changé d’univers, de mode de vie, de métier, de pays. C’est fou comme j’ai peu vécu. Et en même temps, on est tous pareils. Les gens disent «la vie est passée trop vite» mais dès qu’on les interroge sur tel ou tel souvenir, des mondes se révèlent et des époques s’épanouissent. On s’aperçoit qu’ils ont beaucoup de choses à dire de presque chacun des jours qu’ils ont vécus. Si l’on me questionnait sur chaque numéro de DÉBAT, j’aurais une quantité d’anecdotes à livrer. J’ai pris sinon un peu plus d’assurance au cours des années. J’ai été un chef d’orchestre mais je regrette de ne pas avoir davantage écrit la musique.

[In Revue « Le Débat » – Mai 2010]

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