MATTÉI Bruno

Professeur de Philosophie honoraire à l’IUFM de Lille. A travaillé pendant 35 ans dans la formation des futurs professeurs. Il est Président de l’Université Populaire et Citoyenne de Roubaix et engagé dans un groupe de réflexion autour de la proposition d’un « pacte éducation à l’horizon 2050 ».

La fraternité, à tout le moins, dérange et agace. Mais qu’est-ce qui dérange tellement : en premier lieu, le caractère vague, qu’on décèle dans la notion. L’auteur d’un Dictionnaire politique de la fin du 19ème siècle déclare dans l’article fraternité : « Quand on prononce le mot de liberté, on sait ce que cela veut dire, de même quand on parle d’égalité ce mot à une signification claire. Il n’en va pas ainsi lorsqu’il s’agit de fraternité. Ici tout est vague et indéfini ». Et il ajoute : « Comment faire régner la fraternité parmi les hommes ? Comment la traduire en institution et en loi ? On est ici évidemment en face d’un problème d’un ordre tout moral, d’un idéal qui résiste à prendre corps ». Ces phrases sont révélatrices d’un état d’esprit de la pensée républicaine dont nous sommes largement les héritiers, et qui conduira la république à reléguer la fraternité loin de l’espace public pour en faire une affaire privée, une affaire de conscience et donc de morale individuelle.

On mesure par là le chemin parcouru, mais en sens inverse, si l’on veut bien se souvenir que la question de la fraternité avait fait l’objet d’un intérêt tout particulier de la part d’un certain nombre de penseurs, et d’hommes politiques, depuis la révolution française jusqu’à la révolution de 1848, où la fraternité était finalement parvenue à s’imposer dans la devise républicaine.

— Bruno MATTÉI, Penser la fraternité, conférence du 10 novembre 2004 à l’université de Lille.