MALRAUX André

[1901-1976]

Juger, c’est de toute évidence ne pas comprendre puisque, si l’on comprenait, on ne pourrait pas juger.
— Les conquérants

« Tenter de donner conscience aux hommes de la grandeur qu’ils ignorent en eux.»

— Cité par Jean d’Ormesson dans l’incipit de « Histoire du Juif errant »

« Le gaullisme, c’est la force du non dans l’histoire.»
— Parole régulièrement rapportée sans source exacte (si vous la connaissez, écrivez-moi!).

Les hommes ne sont pas mes semblables, ils sont ceux qui me regardent et me jugent ; mes semblables, ce sont ceux qui m’aiment et ne me regardent pas, qui m’aiment contre tout, qui m’aiment contre la déchéance, contre la bassesse, contre la trahison, moi et non ce que j’ai fait ou ferai, qui m’aimeraient tant que je m’aimerais moi-même.
— La Condition Humaine, 1933

L’homme ne se construit qu’en poursuivant ce qui le dépasse
— Ibid.

La Joconde sourit parce que tous ceux qui lui ont dessiné des moustaches sont morts.
— La tête d’obsidienne, 1974

 

« Il est admis que la vérité d’un homme, c’est d’abord ce qu’il cache. On m’a prêté la phrase d’un de mes personnages : « L’homme est ce qu’il fait ! » Certes, il n’est pas que cela ; et le personnage répondait à un autre qui venait de dire : « Qu’est-ce qu’un homme ? Un misérable petit tas de secrets…» Le cancan donne, à bon marché, le relief qu’on attend de l’irrationnel ; et, la psychologie de l’inconscient aidant, on a complaisamment confondu ce que l’homme cache, et qui n’est souvent que pitoyable, avec ce qu’il ignore en lui.»
— Antimémoires, 1965, au large de la Crête

Jeanne d’Arc

Extrait du discours d’André Malraux prononcé à Rouen le 30 mai 1964

« (…) Dans ce monde où Isabeau de Bavière avait signé à Troyes la mort de la France, dans ce monde où le dauphin doutait d’être dauphin, la France d’être la France, l’armée d’être une armée, elle refit l’armée, le roi, la France.(…)

Et la première flamme vint, et avec elle le cri atroce qui allait faire écho, dans tous les coeurs chrétiens, au cri de la vierge lorsqu’elle vit monter la croix du Christ sur le ciel livide. De ce qui avait été la forêt de Brocéliande jusqu’aux cimetières de Terre sainte, la vieille chevalerie morte se leva dans ses tombes. Dans le silence de la nuit funèbre, écartant les mains jointes de leurs gisants de pierre, les preux de la Table ronde et les compagnons de Saint Louis, les premiers combattants tombés à la prise de Jérusalem et les derniers fidèles du petit roi lépreux, toute l’assemblée des rêves de la chrétienté regardait, de ses yeux d’ombre, monter les flammes qui allaient traverser les siècles, vers cette forme enfin immobile, qui devenait le corps brûlé de la chevalerie (…)

Ce pauvre cœur qui avait battu pour la France comme jamais cœur ne battit, on le retrouva dans les cendres et l’on décida de le jeter à la Seine, afin que nul n’en fit des reliques… Le cœur descend le fleuve. Voici le soir. Sur la mer, les saints et les fées de l’arbre-aux-fées de Domrémy l’attendent. Et à l’aube toutes les fleurs marines remontent la Seine, dont les berges se couvrent des chardons bleus des sables, étoilés par les lys… La légende n’est pas si fausse. Ce ne sont pas les fleurs marines que ces cendres ont ramenées vers nous, c’est l’image la plus pure et la plus émouvante de France. Ô Jeanne sans sépulcre et sans portrait, toi qui savais que le tombeau des héros est le cœur des vivants, peu importent tes vingt mille statues, sans compter celles des églises : à tout ce pour quoi la France fut aimée tu as donné ton visage inconnu…
Au nom de tous ceux qui sont ou qui seront ici, qu’elles te saluent sur la mer, toi qui a donné au monde la seule figure de victoire qui soit une figure de pitié ! »

Jean  MOULIN

Discours prononcé le 19 décembre 1964 lors du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon.

« Comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortège d’exaltation dans le soleil d’Afrique, entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège. Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, comme toi ; et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé ; avec tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration, avec le dernier corps trébuchant des affreuses files de Nuit et Brouillard, enfin tombé sous les crosses ; avec les huit mille Françaises qui ne sont pas revenues des bagnes, avec la dernière femme morte à Ravensbrück pour avoir donné asile à l’un des nôtres. Entre, avec le peuple né de l’ombre et disparu avec elle – nos frères dans l’ordre de la Nuit… »

« C’est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l’an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu’elles reposent avec leur long cortège d’ombres défigurées. Aujourd’hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n’avaient pas parlé ; ce jour-là, elle était le visage de la France… »

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