LA FONTAINE Jean (de)

[1621-1695]

Une morale nue apporte de l’ennui ; Le conte fait passer le précepte avec lui.
(Le pâtre et le lion – VI.1)

Chacun tourne en réalités,
Autant qu’il peut, ses propres songes :
L’homme est de glace aux vérités ;
Il est de feu pour les mensonges.
(Le statuaire et la statue de Jupiter – IX-6)

On rencontre sa destinée
Souvent par des chemins qu’on prend pour l’éviter.

[In : L’horoscope – Livre VIII – Fable 16]

 

Le Corbeau et le Renard
(Version originale)

Maître Corbeau, sur un arbre perché, Tenait en son bec un fromage. Maître Renard, par l’odeur alléché, Lui tint à peu près ce langage :
« Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau ! Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois.  »
A ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie ;
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le Renard s’en saisit, et dit : « Mon bon Monsieur, Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l’écoute :
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.  » Le Corbeau, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

Le corbeau et le renard
en argot par Pierre Perret
Maître Corbeau sur un chêne mastard
Tenait un from’ton dans le clapoir.
Maître Renard reniflant qu’au balcon
Quelque sombre zonard débouchait les flacons Lui dit: « Salut Corbac,
c’est vous que je cherchais.
A côté du costard que vous portez, mon cher,
La robe du soir du Paon est une serpillière.
De plus, quand vous chantez, il paraîtrait sans charre Que les merles du coin en ont tous des cauchemars. » A ces mots le Corbeau plus fier que sa crémière, Ouvrit grand comme un four son piège à ver de terre. Et entonnant « Rigoletto » il laissa choir son calendo. Le Renard le lui pique et dit: « Apprends mon gars Que si tu ne veux point tomber dans la panade N’esgourde point celui qui te passe la pommade … »
Moralité:
On doit reconnaître en tout cas
Que grâce à Monsieur La Fontaine Très peu de chanteurs d’opéra Chantent aujourd’hui la bouche pleine.

Le Beaucor et le Narreu

En verlan par Fabrice Lucchini

Tremaî Beaucor, sur un breha chéper,
Naitteu en son quebé un magefro.
Tremaî Narreu, par l’odeur alléché,
Lui tint à peu près ce gagelan :

« Et jourbon, Sieumon du Beaucor,
Que vous êtes lijo ! que vous me blessen beau !
Sans tirmen, si votre magera
Se rapporte à votre mageplu,
Vous êtes le Nixphé des tehô de ces wab »

A ces mots le Beaucor ne se sent pas de joie :
Et pour trémon sa leubé voix,
Il vreuou un gelar quebé, laisse béton sa proie.
Le Narreu s’en zissai, et dit : « Mon bon Sieurmon,
Apprenez que tout teurfla
Vit aux pendé de luiceu qui le coute.
Cette çonleu vaut bien un magefro sans doute. »
Le Beaucor teuhon et fucon
Raju, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

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