# Jeunesse

Le cri du butor (IV)

Maintenant que la jeunesse
S´éteint au carreau bleui
Maintenant que la jeunesse
Machinale m´a trahi
Maintenant que la jeunesse
T´en souviens-tu, souviens-t-en
Maintenant que la jeunesse
Chante à d’autres le printemps
Maintenant que la jeunesse
Détourne ses yeux lilas

Maintenant que la jeunesse
N´est plus ici, n´est plus là
Maintenant que la jeunesse
Sur d´autres chemins légers
Maintenant que la jeunesse
Suit un nuage étranger
Maintenant que la jeunesse
A fui, voleur généreux
Me laissant mon droit d´aînesse
Et l´argent de mes cheveux

Il fait beau à n´y pas croire
Il fait beau comme jamais
Quel temps, quel temps sans mémoire
On ne sait plus comment voir
Ni se lever ni s´asseoir
Il fait beau comme jamais
C´est un temps contre nature
Comme le ciel des peintures
Comme l´oubli des tortures
Il fait beau comme jamais

Frais comme l´eau sous la rame
Un temps fort comme une femme
Un temps à damner son âme
Il fait beau comme jamais
Un temps à rire et courir
Un temps à ne pas mourir
Un temps à craindre le pire
Il fait beau comme jamais
Tant pis pour l’homme au sang sombre
Le soleil prouvé par l’ombre
Enjambera les décombres.

Louis Aragon

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