ERNAUX Annie

[née en 1942]

Le « devoir de mémoire », c’était une obligation civique, le signe d’une conscience juste, un nouveau patriotisme. Après quarante ans de consentement envers le génocide des Juifs – on ne pouvait pas dire que le film ‘Nuit et Brouillard’  ait attiré la foule, non plus que livres de Primo Levi et de Robert Antelme – on croyait ressentir de la honte, mais c’était une honte retardée. C’est seulement en regardant ‘Shoah’ que la conscience contemplait avec effroi l’étendue possible de sa propre inhumanité.

[Les années – Gallimard 2008]

Tout s’effacera en une seconde. Le dictionnaire accumulé du berceau au dernier lit s’éliminera. Ce sera le silence et aucun mot pour le dire. De la bouche ouverte il ne sortira rien. Ni je ni moi. La langue continuera à mettre en mots le monde. Dans les conversations autour d’une table de fête on ne sera qu’un prénom, de plus en plus sans visage, jusqu’à disparaître dans la masse anonyme d’une lointaine génération.

[Ibid.]

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