DESPROGES Pierre

La naïveté grotesque des enfants fait peine à voir, surtout si l’on veut bien la comparer à la maturité sereine qui caractérise les adultes. Par exemple, l’enfant croit au Père Noël. L’adulte non. L’adulte ne croit pas au Père Noël. Il vote.

— Manuel de savoir vivre à l’usage des rustres et des malpolis / Éditions du Seuil 

Quéquette en juin, layette en mars.

— Almanach / Rivages

« Les racistes sont des gens qui se trompent de colère », disait avec mansuétude le président Senghor. Attention, ne vous méprenez pas sur mes propos, je n’ai rien contre les racistes, c’est plutôt le contraire. Par exemple : dans Une journée particulière, d’Ettore Scola, Mastroianni, poursuivi jusque dans sa garçonnière par les gros bras mussoliniens, s’écrie judicieusement à l’adresse du spadassin qui l’accuse d’antifascisme : « Vous vous méprenez, monsieur, ce n’est pas le locataire du sixième qui est antifasciste, c’est le fascisme qui est antilocataire du sixième. »

— Vivons heureux en attendant la mort / Éditions du Seuil, Points

La culture, c’est comme l’amour. Il faut y aller à petits coups au début pour bien en jouir plus tard.

— Ibid

Plus je connais les hommes, plus j’aime mon chien. Plus je connais les femmes, moins j’aime ma chienne.

— Ibid.

Et puis quoi, qu’importe la culture ? Quand il a écrit Hamlet, Molière avait-il lu Rostand ?

— Ibid.

C’est à cela qu’on reconnaît les communistes : ils sont fous, possédés par le diable, ils mangent les enfants et, en plus, ils manquent d’objectivité.

— Fonds de tiroir / Éditions du Seuil

Le rire n’est jamais gratuit : l’homme donne à pleurer mais prête à rire.
Ibid.

Dans notre édition d’hier, une légère erreur technique nous a fait imprimer les noms de champignons vénéneux sous les photos des champignons comestibles, et vice versa. Nos lecteurs survivants auront rectifié d’eux-mêmes.
Ibid.

Il y a plus d’humanité dans l’œil d’un chien quand il remue la queue que dans la queue de Le Pen quand il remue son œil.

— Texte de scène / Éditions du Seuil

Un psychotique, c’est quelqu’un qui croit dur comme fer que 2 et 2 font 5, et qui en est pleinement satisfait. Un névrosé, c’est quelqu’un qui sait pertinemment que 2 et 2 font 4, et ça le rend malade.

— Ibid

Si on ne parlait que de ce qu’on a vu, est-ce que les curés parleraient de Dieu ? Est-ce que le pape parlerait du stérilet de ma belle-sœur ? Est-ce que Giscard parlerait des pauvres ? Est-ce que les communistes parleraient de liberté ? Est-ce que je parlerais des communistes ?

— Ibid

S’il est vrai que l’humour est la politesse du désespoir, s’il est vrai que le rire, sacrilège blasphématoire que les bigots de toutes les chapelles taxent de vulgarité et de mauvais goût, s’il est vrai que ce rire-là peut parfois désacraliser la bêtise, exorciser les chagrins véritables et fustiger les angoisses mortelles, alors oui, on peut rire de tout, on doit rire de tout. De la guerre, de la misère et de la mort. Au reste, est-ce qu’elle se gêne, elle, la mort, pour se rire de nous ? Est-ce qu’elle ne pratique pas l’humour noir, elle, la mort ? Regardons s’agiter ces malheureux dans les usines, regardons gigoter ces hommes puissants boursouflés de leur importance, qui vivent à cent à l’heure. Ils se battent, ils courent, ils caracolent derrière leur vie, et tout d’un coup ça s’arrête, sans plus de raison que ça n’avait commencé, et le militant de base, le pompeux P.D. G., la princesse d’opérette, l’enfant qui jouait à la marelle dans les caniveaux de Beyrouth, toi aussi à qui je pense et qui a cru en Dieu jusqu’au bout de ton cancer, tous, tous nous sommes fauchés un jour par le croche-pied rigolard de la mort imbécile, et les droits de l’homme s’effacent devant les droits de l’asticot.

— Ibid.

Pourquoi, Dieu me tripote, faut-il toujours-z-et-encore que, siècle après siècle, civilisation après civilisation, se répète inlassablement le terrible adage qui nous enseigne que le plus court chemin de la barbarie à la décadence passe toujours par la civilisation ?

— Chroniques de la haine ordinaire / Éditions du Seuil

La femme est assez proche de l’homme, comme l’épagneul breton. A ce détail près qu’il ne manque à l’épagneul breton que la parole alors qu’il ne manque à la femme que de se taire.

— Dictionnaire superflu

« Testis unus, testis nullus : on ne va pas bien loin avec une seule couille.  »

— Ibid.

Un gentleman, c’est quelqu’un qui sait jouer de la cornemuse et qui n’en joue pas.

— Tribunal des flagrants délires

Et si je poussais une longue plainte déchirante pudiquement cachée sous la morsure cinglante de mon humour ravageur ?

Encore faudrait-il que je croie en un combat… Ah, bien sûr, si j’avais cette hargne mordante des artistes engagés qui osent critiquer Pinochet à moins de 10 000 km de Santiago…

Mais non. Je n’ai pas ce courage.

Je suis le contraire d’un artiste engagé. Je suis un artiste dégagé.

Je ne peux pas être engagé. A part la droite, il n’y a rien au monde que je méprise autant que la gauche.

(…)

Qu’on soit de droite ou de gauche, on est hémiplégique. Disait Raymond Aron. Qui était de droite.

Je suis un artiste dégagé.

Ce qui ne veut pas dire que je ne ressens pas les problèmes de mon époque avec la même acuité de cœur que n’importe quel pourri de droite ou de gauche qui se précipite à la télé chaque fois qu’un drame social lui permet de montrer son émotion à tous les passants.

Dégagé oui, indifférent non.

Les injustices sociales me révoltent.

Ne changera-ce donc jamais, du verbe « changer » que suit un trait d’union précédant le démonstratif « ce » ?

Pourtant les aspirations des pauvres ne sont pas très éloignées des réalités des riches.

Les riches, au fond, ne sont jamais qu’une minorité de pauvres qui ont réussi.

Les riches forment une grande famille, un peu fermée certes, mais les pauvres, pour peu qu’on les y pousse, ne demanderaient pas mieux que d’en faire partie.

Certes, il y a une certaine dignité, une certaine humilité dans le comportement revendicatif des pauvres qui les empêchent de s’exprimer ouvertement dans ce sens. Mais quand ils réclament du bout des lèvres une augmentation de salaire de 10%, qui nous dit qu’en réalité ils ne préféreraient pas 30, 40, voire 50 % ?

Pour un pauvre qui exulte à Berck-Plage au-dessus d’une moules-frites, combien sont prêts à avouer qu’ils prendraient un plaisir plus grand encore à Tahiti devant une langouste flambée ?

— Spectacle en public au Musée Grévin, 1984

Voir le spectacle sur YouTube

En vrac…

Parler à un con, c’est un peu comme se masturber avec une râpe à fromage : beaucoup de souffrance pour peu de résultat.

Je n’ai jamais abusé de l’alcool, il a toujours été consentant.

Si vous parlez à Dieu, vous êtes croyant… S’il vous répond, vous êtes schizophrène.

L’alcool tue mais combien sont nés grâce à lui ?

Un jour j’irai vivre en Théorie, car en Théorie tout se passe bien.

La médecine du travail est la preuve que le travail est bien une maladie.

Je ne bois jamais à outrance, je ne sais même pas où c’est.

Le Lundi, je suis comme Robinson Crusoé, j’attends Vendredi.

IKEA est le meilleur prénom pour une femme : suédoise, bon marché, à emmener aussitôt chez soi et facile à monter.

Dieu a donné un cerveau et un sexe à l’homme mais pas assez de sang pour irriguer les deux à la fois.

La pression, il vaut mieux la boire que la subir.

Jésus changeait l’eau en vin… et tu t’étonnes que 12 mecs le suivaient partout !

Si la violence ne résout pas ton problème, c’est que tu ne frappes pas assez fort.

Zoé demanda à Robinson de la croire et Robinson cru Zoé.

Travailler n’a jamais tué personne mais pourquoi prendre le risque.

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