BREL Jacques

La bêtise [Voir l’entretien sur you tube]

La bêtise. Ah, la bêtise c’est terrible.
C’est…
C’est la mauvaise fée du monde.
C’est la sorcière du monde.
C’est la bêtise.
Il y a pas de gens méchants,
Il y a des gens bêtes,
Et c’est pas d’leur faute, hein !
Et il y a des gens qui ont peur,
Ça, c’est de leur faute,
Des gens gens qui ont peur et qui n’assument pas leur peur.
Je crois que tout commence un peu comme ça.
Enfin, c’est… c’est à un philosophe de déterminer tout ça,
Ce n’est pas à moi.
Je n’aime pas les gens bêtes.
Parce que la bêtise, c’est de la paresse.
On me fera jamais croire que…
La bêtise, c’est un type qui vit, et qui dit « Ça me suffit.
Ça me suffit, je vis et je vais bien… ça me suffit »
Et il ne se botte pas le cul tous les matins en se disant, « ce n’est pas assez… tu ne sais pas assez de choses, tu ne vois pas assez de choses, tu ne fais pas assez de choses ! »
C’est de la paresse je crois la bêtise.
Une espèce de graisse autour du cœur, de graisse autour du cerveau.


 

Extrait d’une interview donnée par Jacques Brel à Henry Lemaire en avril 1971 à Knokke-le-Zoute :

Je crois qu’un homme est un nomade. Il est fait pour se promener, pour aller voir de l’autre côté de la colline. Je parle de l’homme, du mâle. Je crois vraiment ça. Et je crois que par essence la femme l’arrête. Alors l’homme s’arrête près d’une femme et puis la femme a envie qu’on lui ponde un oeuf, toujours, toutes les femmes du monde ont envie qu’on lui ponde un oeuf, et je comprends ça. Et puis on pond l’oeuf. Alors l’homme il est bien bon – mais il est gentil, il calcule infiniment moins que la femme. Je ne dis pas que la femme est méchante, je dis que l’homme est con. Voilà ce que je dis. Et l’homme, il reste près de cet oeuf. Et alors il faut de la paille en dessous. Alors on met de la paille. L’homme il va chercher de la paille pour mettre en dessous de l’oeuf. Et puis un jour il pleut. Alors là, il va chercher de la paille, et il fait un toit. Et puis après il y a des courants d’air, alors il bâtit des murs. Et puis après il reste là. Et l’homme est un nomade. Et toute sa vie l’homme – je crois – un homme normal, rêve de foutre le camp… vers des espèces d’aventures quelles qu’elles soient, même si le gars est fonctionnaire depuis quarante ans ; quand on le voit un soir et qu’il essaie de se libérer un peu, il vous dit : « J’aurais voulu être pilote, j’aurais voulu être machin. » Tous les hommes ont envie de faire quelque chose. Et les hommes ne sont malheureux que dans la mesure où ils n’assument pas les rêves qu’ils ont. Alors que la femme a un rêve, c’est de garder le gars. C’est pas méchant, c’est un ennemi.