BEAUCARNE Julos

Durement frappé après le meurtre de sa compagne par un déséquilibré en 1975, Julos Beaucarne a écrit une lettre ouverte à ses amis.

« Amis bien aimés,
Ma Loulou est partie pour le pays de l’envers du décor, un homme lui a donné neuf coups de poignard dans sa peau douce. C’est la société qui est malade, il nous faut la remettre d’aplomb et d’équerre, par l’amour et la persuasion.
C’est l’histoire de mon petit amour à moi arrêté sur le seuil de ses 33 ans. Ne perdons pas courage ni vous ni moi. Je vais continuer ma vie et mes voyages avec ce poids à porter en plus et nos deux chéris qui lui ressemblent. Sans vous commander, je vous demande d’aimer plus que jamais ceux qui vous sont proches. Le monde est une triste boutique, les coeurs purs doivent se mettre ensemble pour l’embellir, il faut reboiser l’âme humaine.
Je resterai sur le pont, je resterai un jardinier, je cultiverai mes plantes de langage. A travers mes dires, vous retrouverez ma bien aimée, il n’est de vrai que l’amitié et l’amour. Je suis maintenant très loin au fond du panier des tristesses ; on doit manger chacun, dit-on, un sac de charbon pour aller au paradis. Ah comme j’aimerais qu’il y ait un paradis, comme ce serait doux les retrouvailles…
En attendant, à vous autres, mes amis d’ici-bas, face à ce qui m’arrive, je prends la liberté, moi qui ne suis qu’un histrion, qu’un batteur de planches, qu’un comédien qui fait du rêve avec du vent, je prends la liberté de vous écrire pour vous dire ce à quoi je pense aujourd’hui :

je pense de toutes mes forces, qu’il faut s’aimer à tort et à travers.
Je pense de toutes mes forces, qu’il faut s’aimer à tort et à travers. »

Chanson pour Loulou

T’es partie sur l’coup d’une heure
En février, à la chandeleur
Et l’hiver a repris vigueur
Au fond d’mon coeur
Et l’hiver à repris vigueur
Au fond d’mon coeur

Je suis resté seul sur le pont
Avec nos deux p’tits moussaillons
Il parait qu’on t’a vu passer
Dans les pays de l’autre côté
Il parait qu’on t’a vu passer
Dans les pays de l’autre côté

Ceux qui l’ont dit en ont menti
Car quand le soir est doux ici
Je sens ton sourire qui revient
Et la caresse de ta main
Je sens ton sourire qui revient
Et la caresse de ta main

Je sens que tu es tout contre moi
Que ta fraîcheur pénètre en moi
Que tu me dis dedans l’oreille
Des mots d’amour doux comme le miel
Pourtant des fois quand j’y pense pas
Je m’dis que j’te reverrai pas
J’t’entends alors rire aux éclats
De l’aut’ côté de la paroi
J’t’entends alors rire aux éclats
De l’aut’ côté de la paroi

Il est des amis du Québec
Qui te parlent parfois le soir
En même temps t’es à Carpentras
A Méthamis et à Java

La mort fait voyager son monde
Tu vas plus vite que le son
T’es partout sur la terre ronde
T’es devenue une chanson
T’es partout sur la terre ronde

T’es devenue une chanson

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